Le mal de mer touche de nombreux navigateurs et peut transformer une traversée en cauchemar. L’alimentation joue un rôle déterminant dans la prévention et la gestion de ces nausées. Adopter les bons réflexes alimentaires avant et pendant la navigation permet de profiter pleinement de son voyage en mer et éviter d’être malade.
Comprendre le lien entre alimentation et mal de mer
Le mal de mer résulte d’une discordance entre les informations captées par l’oreille interne et celles perçues par les yeux. Lorsque le bateau tangue, l’oreille interne détecte les mouvements, tandis que le regard peut rester fixé sur un point stable à l’intérieur du navire. Cette contradiction sème la confusion dans le cerveau, qui peine à interpréter correctement les signaux reçus. Des symptômes caractéristiques peuvent alors apparaître avec une intensité variable selon les personnes : nausées, vertiges, sueurs froides, fatigue, somnolence, maux de tête, pâleur, hypersalivation et parfois vomissements.
Comment l’estomac amplifie le mal de mer
L’estomac vide constitue un terrain favorable aux haut-le-coeur. Manger des aliments simples et faciles à digérer permet de calmer les maux d’estomac. Un estomac partiellement rempli offre une base stable au système digestif et limite les désagréments liés aux mouvements du bateau.
L’hydratation comme stabilisateur naturel
Boire régulièrement pendant la navigation maintient l’équilibre du corps face aux oscillations. La déshydratation accentue la fatigue et la vulnérabilité aux nausées. L’eau, le thé à la menthe poivrée pour ses propriétés anti-nauséeuses, ou les jus de fruits riches en vitamines et minéraux qui renforcent le système immunitaire, apaisent l’estomac tout en fournissant l’énergie nécessaire pour résister aux symptômes. Cette combinaison alimentation-hydratation forme un rempart efficace contre les désagréments de la traversée.

Les aliments à privilégier avant l’embarquement
Avant d’embarquer, privilégiez des aliments qui stabilisent votre estomac sans l’alourdir. Les biscuits secs et les biscottes absorbent l’excès d’acide gastrique et se digèrent facilement. Les pâtes et les barres de céréales fournissent des glucides complexes qui soutiennent l’organisme pendant plusieurs heures, évitant ainsi les baisses d’énergie brutales.
Le gingembre reste l’allié incontournable des navigateurs. Ses composés actifs, les gingérols et shogaols, agissent sur la muqueuse de l’estomac pour réduire ses mouvements et calmer les haut-le-coeur. Le gingembre bloque également les récepteurs de la sérotonine impliqués dans la contraction des muscles de l’estomac et de l’intestin, ce qui empêche la sérotonine de s’y attacher et ainsi prévient les nausées et vomissements. Consommez-le sous forme de gingembre confit avant le départ, en infusion pendant le trajet, ou en gélules pour un dosage précis (jusqu’à 1,5 g par jour soit 5 gélules dosées à 300 mg, ou 1 à 2 gélules à 200 mg par jour pour l’extrait sec concentré).
Les carottes crues, les soupes légères et les fruits frais (excepté les agrumes) complètent votre préparation. Ces aliments hydratent, apaisent l’estomac et maintiennent un bon transit. Mangez modérément 1 à 2 heures avant l’embarquement : un estomac partiellement rempli reste calme face aux mouvements du bateau.

Les aliments à éviter absolument en mer
Avant de prendre le large, certains aliments doivent impérativement être bannis de votre assiette. Ces produits augmentent les risques de nausées et perturbent votre système digestif déjà mis à rude épreuve par les mouvements du bateau.
Les aliments riches en histamine : premiers ennemis du navigateur
L’histamine, naturellement présente dans certains aliments, est liée aux symptômes du mal de mer. Les conserves et plats préparés, souvent riches en histamine, provoquent des réactions dans votre corps qui s’ajoutent aux effets du tangage. Le fromage affiné, le vin rouge et les fruits de mer fermentés contiennent des taux élevés de cette substance et doivent être évités avant l’embarquement.
Les irritants gastriques à proscrire
Plusieurs catégories d’aliments irritent directement la paroi de l’estomac. La viande fraîche et le poisson blanc stimulent la production d’acide gastrique. Les tomates et les fraises acidifient le contenu gastrique. Les légumineuses, le soja et les produits à base de levure fermentent dans l’intestin, générant des ballonnements qui aggravent l’inconfort. L’alcool déshydrate votre organisme et perturbe votre équilibre, tandis que le cacao, le thé noir et les noix sont riches en histamine ou irritants pour l’estomac.

Stratégies alimentaires pendant la navigation
Une fois en mer, maintenir son bien-être passe par une gestion rigoureuse de son alimentation et de son hydratation. L’objectif reste simple : ne jamais laisser l’estomac complètement vide, tout en évitant les excès qui pourraient aggraver les nausées.
L’hydratation, votre meilleure alliée à bord
Boire régulièrement constitue la base d’une traversée réussie. L’eau reste votre premier réflexe, à consommer par petites gorgées toutes les 30 minutes plutôt qu’en grande quantité d’un coup. Cette méthode permet d’éviter de surcharger l’estomac tout en compensant la déshydratation causée par le vent, le soleil et l’air marin.
Le cola sans bulles représente une option intéressante pour ceux qui ressentent déjà les premiers signes de malaise. Secouez vigoureusement la bouteille pour éliminer le gaz, puis buvez lentement : le sucre aide à atténuer les sensations désagréables tout en maintenant un niveau d’énergie stable. Les infusions de camomille et de menthe apaisent naturellement le système digestif. Préparez-les dans un thermos avant le départ pour les garder chaudes durant plusieurs heures.
Fractionner ses repas pour mieux naviguer
À bord, abandonnez l’idée des trois repas traditionnels. Préférez manger de petites quantités toutes les deux heures : quelques morceaux de banane, une poignée de fruits secs, deux ou trois biscottes. Cette approche maintient votre estomac partiellement rempli sans le surcharger.
| Moment | Aliments recommandés | Quantité |
| Toutes les 2h | Fruits secs (amandes, abricots) | Une petite poignée |
| Matin et après-midi | Biscottes nature | 2 à 3 unités |
| En cas de froid | Chocolat noir | 3 à 4 carrés |
| Continue | Gingembre (infusion/gélules) | Maximum 4 g par jour |
Par temps froid, le chocolat et les fruits secs deviennent vos meilleurs compagnons. Votre corps brûle davantage de calories pour maintenir sa température, surtout sur le pont exposé au vent. Ces aliments énergétiques compensent rapidement cette dépense sans peser sur la digestion.
Le gingembre, compagnon permanent de la traversée
Continuez à consommer du gingembre tout au long de la navigation, sans dépasser 4 g par jour toutes formes confondues. Râpez-en dans une tasse d’eau chaude pour préparer une infusion. Les gélules de gingembre offrent une alternative pratique, à condition de respecter la dose maximale quotidienne. Si vous préférez le gingembre confit, gardez-en toujours quelques morceaux à portée de main dans votre veste, en tenant compte de cette limite.
Où et comment manger en navigation
Votre position durant les repas influe directement sur votre confort digestif. Évitez absolument de manger enfermé dans la cabine : l’absence de repères visuels stables amplifie les sensations de malaise. Installez-vous plutôt sur le pont, dos à un élément fixe, en regardant vers l’horizon. Cette position aide votre cerveau à synchroniser les informations visuelles avec les mouvements ressentis par l’oreille interne.
- Position assise sur le pont : dos calé contre la cabine, jambes légèrement écartées pour maintenir l’équilibre
- Regard dirigé vers l’horizon : fixez un point lointain pendant que vous mangez
- Mastication lente : prenez le temps de bien mâcher chaque bouchée
- Pas de lecture ni d’écran : gardez les yeux levés, évitez de baisser la tête
Adapter son alimentation aux conditions de mer
La météo et l’état de la mer dictent vos besoins nutritionnels. Par mer calme, vous pouvez vous permettre des repas légèrement plus copieux : une soupe tiède dans un mug isotherme, quelques carottes crues croquantes. Dès que la houle se forme, revenez immédiatement aux bases : biscottes, banane, gorgées d’eau régulières.
« Lors d’une récente traversée vers la Corse, j’ai compris l’importance de manger régulièrement. J’ai résisté toute la matinée, pensant que moins je mangerais, mieux je me sentirais. Erreur monumentale : vers midi, les nausées sont devenues insupportables. Dès que j’ai grignoté quelques biscottes et bu du cola sans bulles, le malaise s’est atténué en vingt minutes. » Thomas, 34 ans, plaisancier
Gérer les médicaments pendant la traversée
Si vous prenez des traitements préventifs, continuez à les prendre selon les recommandations. Les patchs de scopolamine doivent être collés derrière l’oreille et gardés pendant tout le voyage, les comprimés antihistaminiques se renouvellent généralement toutes les 6 à 8 heures. Notez l’heure de chaque prise dans votre téléphone pour ne pas oublier, surtout si la traversée dure plusieurs jours.
Le ravitaillement en escale
Profitez de chaque arrêt au port pour refaire vos stocks d’aliments adaptés. Privilégiez les produits locaux frais : fruits bien mûrs, pain complet, légumes crus faciles à digérer. Renouvelez systématiquement votre réserve d’eau potable et de gingembre frais. Une bonne préparation à terre garantit une navigation sereine jusqu’à la prochaine escale.
Rappelez-vous cette règle d’or : mieux vaut grignoter toutes les heures que de sauter un repas. Votre estomac vous remerciera, et vous profiterez pleinement de chaque instant passé sur l’eau, les yeux rivés sur cet horizon infini qui défile doucement.
